tous saisis de peur?

8 décembre 2018

Paris, pas si romantique

samedi 8 décembre 2018, nouveau samedi de manifestation parisienne.

Samedi matin, petit tour dans mon quartier parisien pour quelques courses qui m’alimenteront pendant la prochaine semaine. Finalement, ce sera un tour pour humer l’ambiance. Première halte chez le marchand de journaux de la guérite nouveau modèle. Il est inquiet; les clients habitués lui demandent à tour de rôle s’il restera ouvert aujourd’hui. « On verra ».

Et l’on voit déjà, à 9h30 sur le trottoir opposé , la vingtaine de personnes bien groupées, discutant fort, vêtues de tenues camouflages ou sombres, capuches sur la tête, sacs à dos moyennement remplis, remontant le boulevard d’un pas vif. Ils ne sont pas d’ici; nous sommes à une porte sud de la capitale. L’entrainement de groupe est déjà ressenti en les croisant.

Ils sont d’autant plus repérables que cette artère majeure d’entrée dans Paris, qui ne se vide ni de jour ni de nuit, est quasi vide et silencieuse. Le traffic a disparu. Ils sont d’autant plus visibles que les chalands du samedi matin ne sont pas là. Et pourtant, les promotions sont clamées sur les vitrines pour vous inciter à venir là dépenser pour ce cadeau du Noël si proche. Inutile de venir, en fait. Les échoppes sont closes pour la majorité. En remontant l’avenue, les quelques baladeurs s’arrêtent devant des images inédites. Les banques sont lissées de façades de métal. Les devantures sont vidées. Un magasin de chaussures d’enseigne connue est totalement vidé. Les vitrines sont étanchées de feuilles de papier blanc, de papier kraft, de plastique, de cartons. On imagine les choix des commerçants, les hypothèses, les risques évalués pour estimer que ces vêtements, ces fioles de vapoteurs ou ces montures de lunettes exposées soient considérées comme des tentations trop fortes, irrépressibles menant ces manifestants/ »manifestant radicalisé »/opportunistes à casser les devantures pour s’en emparer. Il est évident que les petits magasins, efforts de commerçants indépendants qui y ont mis tous leurs espoirs, qu’ils tiennent le jour et administrent la nuit, sont les plus protégés de la vue. Toute leur vie est là.

Quelques locaux sont éclairés, la porte est ouverte sur le trottoir pour vous assurer de leur disponibilité. Ce sont de petites boutiques qui ont besoin de ce peu d’activité. Certains cafés restaurant, lieux de vie de quartier et de photos pour touristes, sont ouverts. La lumière est perceptible de l’extérieur, et même les voix des buveurs de cafés du matin qui commentent l’actualité. Les terrasses vitrées qui empiètent sur les trottoirs sont vidées. Elles sont devenues des vérandas en attente d’être cassées. Le mobilier sera épargné et ne sera pas source de combustible pour feu de rue. Un moindre mal. Dans ces quelques surfaces de vêtements de chaine, il y a une jeune vendeuse, un peu nerveuse, qu’un appel téléphonique interpelle régulièrement pour venir aux nouvelles. Parfois, le rideau de ferraille est à moitié descendu; tactique imaginée pour fermer encore plus vite, si nécessaire, et se défendre d’une intrusion de masse venue vider et en découdre avec « la société de consommation »… et s’approprier gratuitement le travail d’autrui, par la violence.

Dans ce café de quartier voisin, un couple d’ailleurs s’assoie. Ils ont la tenue sportive et le fameux sacs à trésors sur le dos. Ils consultent frénétiquement le téléphone  et commentent les données; je comprends qu’une application est le lien d’une population venue ce jour ici pour une action collective d’ampleur. « regarde, ils sont là et là, on se retrouve ici; ils ont réussi à faire cela… ». On sent une envie, une urgence de faire, mais aussi une grande assurance, une certaine démonstration qui a permis le regard noir et méprisant sur le Figaro lu par leur voisine de table.

En rentrant, de retour sur ce grand axe toujours aussi discret, des sirènes s’entendent. Les piétons se déplacent pour voir l’évènement. Ils sont déçus de voir passer ces 2 motos de police devant la camionnette du SAMU.  Près de la Porte d’Orléans, 3 jeunes remontent vers le centre. En survêtements voyants, ils ont la tenue attendue, de la capuche aux baskets. L’enthousiasme est palpable dans la rapidité de leur marche, mais aussi dans leurs échanges. « ils ont niqué le Apple Store du Havre; ha ha! Il est où le Apple ici? « .

Une pensée pour ces jeunes indépendants serviables, qui ont ouvert il y a 1 an une petite boutique de produits Apple bien utile pour s’épargner les stores, là, un peu plus haut sur l’avenue.

Inscrivez vous

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

A La Bonne Herbe |
ILLUPO |
asldgp91 debug |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Diogenedesynope
| Unautredemainaujourdhui
| Liberté par le savoir