22 ans d’écart: Tatoo partout

17 novembre 2018

22 ans, majorité révolue

Pour travailler, les tenues étaient codifiées. La relation avec une clientèle, fut-elle professionnelle en plus, exigeait pour l’homme un pantalon sombre de coupe classique, une chemise de toutes les teintes de blanc, une cravate et une veste. La mode apportait de quoi démoder la veste, croisée – courte – forme des poches, ou la cravate, motif – largeur-longueur, ou  la chemise – col, largeur, boutons. Impensable de se présenter devant le client, même en été, en manches courtes. Je me souviens de ce vendeur de confection homme, dans cette boutique très convenable de banlieue cossue. Nos mains caressaient un pantalon de velours bleu marine. Il s’était approché et avait négligemment glissé que ce pantalon de « loisirs » ne pouvait être envisagé pour le travail. Et nous avons obéi.

Le week-end était le soulagement vestimentaire. Chemise blanche et pantalon de belle coupe s’agitaient dans la machine à laver. Bonjour le jean – 501 à boutons et rien d’autre-, les chemises du presque cow-boy, le sweat-shirt, et pour toi les « tiags », parfois des baskets si randonnées se faisaient. Il y eu aussi le gilet de cuir et le blouson de cuir. En famille, lors de repas occasionnels de dimanches protocolaires, la chemise se gardait aux poignets.

Il aura fallu 10 ans de vie commune pour que tes beaux-parents aperçoivent ta peau colorée. Tu étais exceptionnel. Le torse, les bras, les jambes avaient progressivement imprégné les motifs de tes passions; du fantastique, du tribal, du motif inventé, des sculptures de cathédrales romanes et du plus personnel, la signature de ton père. Chaque dessin avait un auteur et une histoire. Dans cette région conservatrice et dans ces villages de nos lieux de vie, il n’était pas envisageable que les manches se relèvent pour laisser voir les tatouages qui auraient immédiatement jeter un jugement suspicieux et définitif sur la famille. On enviait l’affront anglais qui affichait fièrement ses couleurs indélébiles.

Aujourd’hui, le tatouage est visible. Il reste des milieux professionnels aux codes rigides dans lesquels il reste invisible. Même pour les travailleurs de ces stricts dress-code, la fin de journée ouvre à la possibilité de s’adonner à la branchitude de rigueur,  indissociable des couleurs encrées sur la peau. Cette année, en 2018, l’IFOP confirme la tendance des tatoués: 28% des 18-35 ans, les filles -20%- ont dépassé les hommes -16%-, chez les ouvriers -38%- comme chez les cadres -19%. 18% des majeurs ont été tatoués, presque le double qu’en 2010. 4 à 5000 salons de tatouage ont pignon sur rue, sans méfiance des voisins. L’activité a même ses lois pour assainir les risques.

Plus encore, le sport, le spectacle, le festif, la publicité, le clip du chanteur, le salon de coiffure, la boulangerie bio, le nouveau restaurant urbain sont tous devenus indissociables de bras colorés, de marquage au poignet et au cou, de signes sur les pieds. Même les  marques dites grandes et les noms réputés des couturiers imposent la peau encrée sur leurs affiches, leurs défilés et leurs publicités. Le produit n’est plus vendable s’il n’est pas traversé par une image de poignet, de bras, de dos avec marquage aux aiguilles. L’homme met de la couleur et de la surface. La femme s’affiche avec un signe, des sinogrammes  ou des mots à l’écriture enrubannée.

A bien y réfléchir, est-ce le tatouage en lui-même qui fait l’attrait ou l’idée que sans tatouage, le jeune perd des chances de devenir attractif pour entrer dans un milieu professionnel? Le tatouage serait-il devenu un atout supplémentaire d’employabilité?

 

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