Option théâtre

Aujourd’hui, passage à l’Assemblée Nationale. La démarche est plutôt simple. Internet vous permet de s’inscrire puis d’attendre un mail retour qui vous permet de vous présenter à l’accueil pour assister à une séance; silencieux et sans avis manifesté précise le message.

En fait, l’entrée n’est pas si évidente. L’adresse est mentionnée sur le message : 37 quai d’Orsay. Oui, mais il n’y a pas de numéro sur le portail. Vous trouvez le 33, mais point de 37. Ni de 35 d’ailleurs. Vous avez respecté les consignes qui demandent de vous présenter 30 minutes avant les 16 heures, sinon votre invitation est caduque. Vous tentez un coup de sonnette devant une guérite, une attente, une personne répond à l’interphone, une autre sort du petit bâtiment accompagnée d’un homme en arme. Vous respectez les consignes, avec votre courrier dans une main et votre pièce d’identité dans l’autre. Le boulevard est bruyant et très passant. Rien de solennel hors le contrôle des pièces d’identité sur le trottoir. Finalement, la séance précédente est prolongée et point d’entrée avant l’évacuation de la précédente fournée de visiteurs. 45 minutes plus tard, le petit groupe qui est en attente finit par rentrer. De contrôles successifs en visu de votre pièce d’identité, vous laissez vos affaires au vestiaire, sac et téléphone portable compris. Quelques escaliers et couloirs puis vous êtes placés sur un siège de velours rouge dans les balcons. Non sans avoir ré-entendu les consignes , déjà lues sur le site, puis sur les panneaux dans les escaliers, et enfin par l’homme du lieu : pas de manifestation aucune de votre avis, ni par oral , ni par signe distinctif.

Vous voilà au dessus de l’hémicycle avec quelques étudiants. Le sujet du jour est important: des changements de la Constitution. Le premier ministre présente le sujet. Suivent d’autres intervenants, rapporteurs de commissions multiples. Les propos sont redondants, à commencer par les remerciements à Mr, à Me…… L’un s’adresse même à nous, simples quidams de la société civile. Merci. Chacun précise l’intérêt des articles x ou y selon le sujet de sa commission. Un autre, par contre, indique le non intérêt des articles. On devine avec facilité l’orientation politique de chaque intervenant par l’emplacement des députés qui applaudissent. En fait, les présentations sont déjà disponibles par écrit. Rien d’inattendu dans les discours.

Ce qui marque l’observateur, c’est le ballet incessant des personnes, pendant les discours qui se succèdent au pupitre.

Il y a d’abord les députés. Ils entrent et sortent, s’arrêtent pour saluer celui-ci, puis celui-là, discutent quelques minutes ou s’assoient pour échanger plus confortablement. Lorsqu’ils s’installent finalement à leur place, ils posent leur sacs, leurs dossiers. Peu d’entre eux sortent un cahier et un stylo. Un petit nombre ouvre un ordinateur. Plus sûrement, ils posent quasiment tous leur téléphone sur le pupitre. Au palmarès de l’instrument le plus utilisé, ce dernier a la palme. C’est même l’objet de mépris, précisément consulté lorsque l’intervenant au micro n’est pas du même bord. Certains élus immortalisent même les orateurs du perchoir. De temps en temps, un coté des bancs, parfois les 2 extrêmes en même temps, s’agite et lance à voix haute des invectives. Difficile de distinguer les lanceurs de mots. Au volume et à la durée du son venu des bancs, répond un rappel au silence du Président en tapant avec un bâton sur le bureau.

Il y a ensuite le personnel. Un ballet n’aurait pas plus de figures imposées.

D’abord ces hommes – et quelques femmes- en queue de pie avec chaines sur le plastron. Il y a ceux qui apportent des messages ou des dossiers en couleur à d’autres assis à attendre, face aux élus.  Ces derniers montent en permanence pour apporter les missives à l’élu x, ou y. Puis ils redescendent. Régulièrement, ils sortent. Un autre prend le relais. Puis ils reviennent et se réinstallent. De temps en temps, l’un monte une grande pile de dossiers qu’il dépose à gauche sur le pupitre du President. Ce dernier les prend un à un pendant les discours, les parcoure puis les dépose à droite du bureau.

Il y a cet autre acteur qui monte et pose un verre d’eau à chaque intervenant du micro. Il repart en emportant le verre encore plein du précédent orateur. Et ceci toutes les 10 minutes, temps maximum de parole lors de la visite. Il apporte aussi régulièrement des tasses de boissons chaudes au premier rang et aux personnes assises au dessus de l’orateur.

Il y a aussi ces personnes du civil qui entrent et sortent à droite et à gauche de l’hémicycle. Aucune ne franchit les bancs. Les hommes en queue de pie sont les relais pour s’adresser aux élus.

Pour nous aussi dans le poulailler, un homme en tenue surveille les mouvements et précise les assises de chacun. D’ailleurs, aucune possibilité de croiser un élu; votre chemin de visiteur est comme un passage secret, détourné des acteurs du lieu.

Je suis allée assister à une séance de l’Assemblé Nationale parce que c’est un peu chez moi. Les élus sont le choix des électeurs dont je suis. Leur mandat est une délégation de représentation pour fournir un travail dans l’intérêt de tous. J’y ai trouvé « Option théâtre » ! Oui, de théâtre il est question lorsqu’on assiste autant au déroulé, aux réactions des élus ou au ballet des personnels de l’Assemblée.

En sortant du lieu, un peu comme au sortir d’un spectacle imaginaire, j’ai repensé à mon travail. J’ai imaginé les mêmes déroulés, les mêmes interventions, les mêmes scènes dans le contexte professionnel.

Ben non, impossible, puisque dans le monde du travail normal, il existe bien des rites mais ils sont surtout à l’économie de main d’oeuvre. Ton café, tu vas le chercher toi-même. Tes dossiers sont sous ton bras ou dans le disque dur de ton ordi, préparés à l’avance et il est demandé de réduire la réunionnite à des prises de décisions.

Mais surtout, dans le monde du travail normal, il n’est pas permis d’intervenir de la sorte, de faire des photos, de ne pas écouter le preneur de parole, d’intervenir vertement, d’entrer ou sortir quand bon vous semble, de ne manifestement pas écouter… sous peine de sanction pour « comportement inapproprié », et ceci quelque soit la qualité du travail rendu. Le risque est grand. Il peut vous sanctionner dans vos revenus variables ou dans votre évolution. Mais surtout, ce motif de comportement inapproprié est très en vogue pour être exclu de l’entreprise.

 

 

 

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